UssaR

Il y a les artistes que l’on place immédiatement dans une case dès la première écoute. Et puis il y a ceux qui suscitent, avec bonheur, trouble et interrogation. On aura bien sûr compris à quelle catégorie appartient Emmanuel Trouvé, alias UssaR, électron très libre, tourbillonnant sans attache, autour d’une chanson française vrillée, habitée par l’éclat d’un piano, et de subtiles arabesques électroniques.

Pourtant, à la différence des vocations qui démarrent précoces les mains sur le clavier dès le plus jeune âge, c’est seulement à l’adolescence qu’Emmanuel a vu la lumière musicale. Même si la discothèque de sa sœur (Renaud, Brel) ou de son frère (Led Zeppelin, The Who) lui avait déjà procuré des frissons, ce n’est qu’à l’âge de quinze ans que le déclic se produit.

On le retrouve sur les bancs de la fac, en droit. Mais son itinéraire sera, lui, plutôt en courbe. On le sollicite pour jouer au sein d’un projet hip hop, où il s’occupe des claviers, mais aussi des machines et des productions, fasciné par la recherche de la boucle répétitive parfaite. Lui et ses copains ouvrent pour Rocé, La Rumeur, ou Mademoiselle K. Pas mal. Alors au moment de choisir entre un partiel de finances publiques et une session d’enregistrement, il n’hésite pas une seconde et fonce en studio en laissant tomber son avenir de juriste. Pendant des années il enchaîne avec talent le rôle de l’homme de l’ombre, aux claviers et aux machines, derrière CharlElie Couture, Emel Mathlouti, DJ Pone ou Kery James. Et cela lui va très bien, celui qui a grandi entre Vanves et Malakoff n’est pas un “egomaniac”.

Jusqu’à ce que le chagrin amoureux d’une hôtesse de l’air croise sa route. C’était il y a deux ans. Dans l’avion de nuit d’un retour d’une tournée au Congo avec Youssoupha, il est frappé par l’image de cette jeune femme, qui pleure dans les bras de sa collègue. Et si cela faisait le thème d’un morceau ? Sa voisine de studio, Léonie Pernet, le pousse à s’exposer en pleine lumière.

A l’écoute des compositions souvent bouleversantes (comme ne pas craquer à l’écoute du sidérant “6 milliards”) et toujours très abouties de ce passionné de boxe, on a du mal à réaliser qu’il est presque un novice en la matière. Cette maturité éclatante s’exprime parfaitement dans cet EP au long court, qui compile les chansons de son premier essai (sorti en totale autoproduction il y a presque un an) plus quatre inédits de haute volée. L’introduction idéale à un monde si particulier.